Duvelderaa

Prémisses de la dramaturgie Duvelderaa

vendredi 13 avril 2012

La Zinnode Cornue

Le Diable en tant que figure emblématique du Désordre.
Lorsque les grandes religions monothéistes définissent le monde comme une Création, autrement dit comme le produit d’une volonté d’organisation, ou encore comme l’Œuvre d’un Artiste céleste parfait et tout-puissant, elles se trouvent confrontées, de par la perfection même du Créateur, au problème de l’imperfection.
On pourrait croire que le paradoxe central est celui du Mal, mais le Mal à la rigueur, pourrait encore se concevoir comme nécessaire, comme l’expression incompréhensible de la volonté divine qui instrumentaliserait le Mal comme moyen de mettre ses créatures à l’épreuve.
Par contre, ce qui constitue la véritable quadrature du cercle théologique, c’est la persistance, face à la toute-puissance divine d’une volonté contraire, rebelle, celle du Diable. De fait, la part du Diable dans l’univers monothéiste est pour le moins équivoque. La Création n’est pas partagée, elle n’est pas le résultat ou le champ de bataille de deux principes contraires.
Le Diable est une dissonance au sein même de la vaste harmonie divine, il en fait partie.
Le paradoxe monothéiste n’est donc pas celui du Mal, mais plutôt celui de la Dissidence.
Vu sous cet angle, le Diable, inlassable détricoteur de la perfection divine devient la figure emblématique de la transgression, il défie la perfection originelle, il dérègle l’indéréglable mécanique céleste, il est Désordre.

Attributs et inversion de signes
Les attributs diaboliques, empruntés aux divinités antérieures dont les cultes persistants constituaient le principal obstacle réel à l’établissement du nouvel ordre monothéiste, sont des symboles de puissance : ailes qui permettent de s’affranchir de la pesanteur et donc, sur le plan symbolique, des contingences terrestres ; et cornes, symboles de virilité, autrement dit du moyen le plus communément accessible à l’Homme de participer à la Création en répandant frénétiquement ses gènes dans toute la mesure du possible.
La diabolisation de ces attributs divins constitue donc une inversion de signes qui est, en soi, un puissant facteur de désordre (il suffit de l’appliquer, à titre d’expérience, à la signalisation routière pour s’en convaincre).

Axes de création Le projet artistique se déclinera donc selon 5 axes, certains purement formels ; d’autres plus philosophiques.
Cornes, ailes et représentations diaboliques.
Ces éléments formels seront les repères récurrents qui assureront la cohérence artistique de la Zinnode.
A titre d’exemple, on peut citer la mise en chantier de l’atelier de “cornes à boucan”, aérophones monophoniques jouant selon la technique du hoquet, ou l’utilisation systématique dans la musique de la Zinnode du triton ou quinte diminuée (l’intervalle du diable proscrit par l’Eglise dans le chant grégorien),ou encore, les emprunts aux danses de diablitos ou diabladas , manifestations syncrétiques omniprésentes dans les carnavals du Nouveau Monde où, sous couvert de licence carnavalesque se manifestaient des éléments de cultes africains ou indigènes ordinairement proscrits des manifestations publiques.
Inversion de signes et la “part du Diable”. Ces éléments moins directement concrets serviront de stimulus à la recherche de nouvelles idées entre partenaires et avec les participants, la part du Diable étant la place laissée (ou non !) au désordre à l’intérieur d’un système ordonné.

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